Environnement de la
« Céramique Montoise ».

Rédaction: Eric Prévost Février 2022.


Quelle entreprise peut se targuer d’une meilleure situation géographique que la leur. Une pléthore de voies de communication s’offrait à lui (sauf un aérodrome). Canaux, voies ferrées et routes, une sorte de plate-forme multimodale était mis à sa disposition et tout ceci à ses pieds.

Les canaux et rivière.

La faïencerie était à « front d’eau » côté rive droite du canal du Centre. Il venait juste d’être terminé (1917) par l’Empire allemand. Les liaisons vers l’Escaut et la Meuse lui étaient ainsi ouvertes pour ces exportations. Tous les produits de base pouvaient y être aussi acheminés. Nous pensons en tout premier lieu au charbon qui dans nos régions montoise et boraine, était la source de combustible incontournable pour les fours de cuissons.
Le canal du Centre se prolongeait jusqu’au quai des Anglais à l’arrière de la Gare de Mons. Il était connecté par l’écluse du Pont Canal au le canal de Condé et permettait un approvisionnement constant en matières premières.
Il est difficile de concevoir la topographie des lieux de l’époque. Pour vous donner une idée, laissez-vous guider au travers de ces quelques paragraphes qui n’ont pas la prétention d’être une parfaite image historique mais une vision globale du plateau autour de l’entreprise.

1. La Haine

La Haine (longtemps navigable – matérialisée par le chiffre 2 sur l’image 1), un cours d’eau impétueux s’écoulait aux portes de Mons dans son lit propre avant les travaux de construction du canal de Condé (initié par Les Français et terminé par les Hollandais en 1818). Elle passait à l’air libre en dehors de la ville, sous l’avenue des bassins pour redéboucher de nouveau à l’air libre à la rue des Grands Près. Ensuite, elle se laissait bercer par le faible dénivelé vers Jemappes en laissant dans son sillage quelques méandres.
La Haine était très souvent en crue et inondait les impasses (ex : impasse Faucon) et les rues du quartier régulièrement. Elle fût canalisée à la fin des années 1960.
Elle passait en fond de propriété de la Société Dubois (Premier nom de la société).

2. Le Canal du Centre et le canal de condé.

A partir de 1917, les matières pondéreuses circulaient vers La Louvière ou vers Condé (tracé en ligne droite de Saint-Ghislain vers la flèche du Beffroi) sans interruption. Six écluses permettaient de rejoindre le Centre. Entre le canal du centre et le Canal de Condé (voir image 7), un canal de jonction qui aboutissait au bassin des Anglais. Ce bassin de renversement permettait aux bateaux de décharger (ou de charger) leurs marchandises et de faire demi-tour à l’heure guise.
Situation de la manufacture par rapport à ces canaux.

En quelques photos, nous vous donnons la position de la société. Il s’agit d’une hypothèse qui demande une analyse plus fine des parcelles cadastrales pour confirmer l’emplacement exact de la Céramique Montoise (à quelques mètres près).
Nous sommes maintenant passés de l’autre côté du pont et notre regard se porte vers les entrepôts proches de la gare (voir image 6.). Sur la droite du Pont de la porte du Parc, un bâtiment se détache légèrement des arbres. Il est possible que ce soit le siège de la société d’Antoine Dubois (c’est une hypothèse vraisemblable vu les plans que nous vous présenterons plus tard).
Je voulais aussi vous présenter le canal menant à la gare et au quai des Anglais pour être complet.
Les voies ferroviaires.

La bataille du rail a commencé avec la diminution du transport par voie navigable de la houille (vers 1830) extraite dans du Borinage vers la France par le canal de Condé.
La gare de Mons est une charnière entre la ligne de Manage (concession accordée en 1845 et nationalisée en 1858) et la ligne de St Ghislain (inaugurée en 1842 et prolongée à Tournai en 1870) comme pouvait l’être le quai des Anglais pour les voies navigables.
La proximité de la gare de Mons offrait de nombreux avantages pour l’expédition des produits finis vers l’exportation. Elle se trouve à moins de 500 mètres de la manufacture et les ponts permettaient d’acheminer via la route ou les chemins la production de la faïencerie. A l’époque, elle possédait encore sa verrière comme on peut l’apercevoir sur la photo précédente.
Les routes

Le réseau routier existant n’était pas encore aussi confortable qu’à l’heure actuelle (même si actuellement de nombreux nids de poule percement nos trajets) . Mais il est vrai que la vitesse n’était leitmotiv de l’époque.
Les routes étaient recouvertes de pavés et beaucoup de chemins étaient toujours en terre (le goudron vint après la guerre de 1939-1945). De nombreuses embuches attendaient les précieuses faïences et céramiques qui étaient souvent placées dans des caisses de bois ou dans des futs garnis de pailles pour amortir les chocs dus aux transports.
La voirie qui passait devant l’entreprise (avenue des Canadiens) rejoignait Ghlin et était dénommée la route de Tournai. Au pied du Pont de la Porte du Parc, le Faubourg du Parc était un quartier très vivant avec sa Ducasse. Malheureusement, la construction de l’autoroute, la sortie vers Mons et le nouveau pont de Ghlin ont complètement anéanti la prospérité des commerces et des cafetiers.
Une lente fin économique de ce quartier vint avec la fermeture de l’école, l’arrêt de l’entreprise Perveux, la cessation de l’activité du marchand de journaux, la disparition des épiceries, de l’horloger, des bouchers, des pharmaciens… . Le coup de grâce fut assaini par la création des Grands Près…Une triste déconfiture socio-économique au vu de la prospérité passée (sans parler des expropriations des sociétés de l’avenue des Bassins (voir flèches rouges - image 9) engendrées par le projet d’implantation des bâtiments de l’université de Mons qui ne s’est jamais concrétisé.
En résumé.

La société était très bien desservie par un nœud de communication très important pour l’époque. Et lorsque l’on compare le développement de la ville actuelle à la situation d’antan, Mr Dubois avait déjà pressenti le potentiel de ce lieu, de ce quartier. Un visionneur en quelque sorte.