Visite au Musée de Nimy
Carrefour de la céramique.

1. Remerciements
Nouveaux décors, nouveaux modèles, mon esprit en soif de nouvelles chines, ne sait plus où fouiller pour affiner mes connaissances sur la production montoise….et pourquoi pas dans les musées. Une visite s’imposait donc, dans un musée près de chez nous.
A quelques encablures de Mons le « Musée de Nimy – Carrefour de la Céramique » me permet de vous ramener de nombreuses pièces (en photos bien évidemment) encore peut-être méconnues de la Céramique Montoise et de la production de René Dubois (développement futur du site). Grâce à la collaboration de l’ancien Président, que l’on ne présente plus : Jacques Dobbels (voir sa page Facebook « Les amis de la Céramique ») et du nouveau président Mr Vanbienne, un splendide moment de découverte m’a été offert.
Qu’ils trouvent en ces quelques lignes, le témoignage chaleureux de tous les membres du groupe et de moi-même, pour nous avoir ouvert les portes de leur musée sans aucune restriction. De notre côté, si le besoin devait s’en faire sentir, nous tenons à leur disposition, nos connaissances sur l’histoire de cette manufacture.
Encore merci.
2. Avant-propos
“Donnez-moi un musée et je le remplirai.” Pablo Picasso
Peintre cubiste et maître (avec un grand M) de son art, la présentation de ce peintre hors du commun n’est plus à faire ? Mais le saviez-vous ? Ces mains ont façonné aussi des céramiques, certes moins connues que son œuvre picturale mais tout aussi intéressantes. De là à dire qu’il remplirait un musée avec sa production de céramique, je ne le croirais pas.
Mais les musées ne sont pas fait uniquement pour conserver (ou stocker), répertorier, des œuvres mais aussi pour vous présenter le reflet d’une «époque », d’une évolution artistique, d’une manière de vivre de la population, … ou plus simple « scénographier » des images de nos régions ou de leurs productions régionales.
3. Les pièces du musée
3.1 Introduction: Le musée.
C’est en ces termes que je qualifierais ce qui compose l’âme du« Musée de Nimy » (pour simplifier sa dénomination). Le quotidien de ces habitants et les industries locales qui ont fait vivre ce village, qui ont fait d’elle son renon, sont illustrés au travers un décor quasi industriel où machines, photos, posters se côtoient. (au rez-de-chaussée). Après une longue visite, un petit bar à « l’ancienne » vous permettra d’étancher votre soif et de continuer à mirer quelques pièces autour de vous. J’appellerai cela les « prémices de vos découvertes » si vous commencez par ce côté (coquins !).
Si ma visite avait pour objectif de découvrir les pièces de la Céramique Montoise et d’Antoine Dubois, il va de soi qu’une pléiade de faïences, saturent rapidement vos yeux émerveillés. Pour ma part, je fus ébahi par la splendide collection de pipes couvrant de nombreuses tablettes des vitrines du rez-de-chaussée. Un moment de nostalgie car étant môme, je me transformais souvent en « archéologue » dans le jardin de ma grand-mère où de temps à autres, je retrouvais, en outre, des morceaux de pipes… un fameux butin !
Outre la production de la « Manufacture impériale et royale de Nimy » de nombreuses faïenceries et fabriques de porcelaines du Centre, de Mons et du Borinage y ont élu domicile, sans oublier les faïenceries du Ch’Nord (comme par exemple la Faïencerie d’Onnaing). Un vrai temple de la céramique.
3.2 La collection de Dubois.
Elle trône à l’étage où de belles surprises m’attendaient. Les céramiques de René Dubois (son fils) sont aussi bien représentées1. Donc, il y a de quoi satisfaire les plus exigeants.
3.2.1 Déjà vu sur notre site.
Pour conserver une part de suspense sur la présentation de ces collections, j’ai divisé volontairement, en deux parties, les photos recueillies. Deux tableaux, vous sont proposés ci-dessous. Dans ce paragraphe (point 3.2.1), y sont incluses les pièces ou les décors déjà aperçus sur notre site et dans le point 3.2.2, les nouveaux décors ou modèles.
D’autres pièces de la Céramique Montoise sont disponibles au Musée que celles présentées dans cet article. Celles dévoilées ci-dessous en sont les plus esthétiques.
Remarques instructives au sujet des modèles présentés ci-dessous.
  • Confirmation : une confirmation pour le décor baptisé « chêne ». Sous le vase de l'image 4, l’abréviation D. « Che », s'y retrouve comme prédit.
    Comme pour les autres décors avec des feuillages d’arbre, l’abréviation du type du décor est constituée de 3 lettres comme pour le D. Mar. Il existe d’autres abréviations de décor, toujours dans cette même catégorie dont les sujets sont des : tilleul, noisetier, chêne…
  • Variante : la faïence au décor D. « Adamantin » repris à l’image 6, diffère légèrement de celle présentée sur notre site. En effet, ici le col est garni d’émaux dorés.
  • Indémodable (image 1) : pour les collectionneurs, il est intéressant de retrouver des plateaux comme pour les services fumeur ou comme pour les services à liqueur. Ils sont généralement recouverts par une multitude de reproductions d’un motif de base : ici un « Fuchsia ». La fleur paraît sublimée par cette avalanche de décors et surtout par la mise en scène. On arrive même à oublier que c’est un plateau.
  • Confirmation : notre visite a pu confirmer (image 9) un nouveau décor où son nom est symbolisé par une étiquette spécifique : « Floralie ».

  • D’autres étiquettes telles que Mex, Bergen, …ont survécu aux outrages du temps. Une étiquette particulière est celle baptisée « Nervia » collée sur un décor dit « Flammé »
  • Erreur : l’image 8 illustre le décor D.V.V.. Il existe sur les faïences, de nombreux graphismes illustrant des feuillages d’arbres. Toutefois, la dénomination D.V.V. est énigmatique, je m’explique. Sous le couvert de cette abréviation, se cache ou se cacherait la traduction d’une plante grimpante « Vigne Vierge ». Mais le dessin sur le vase représente plus des feuilles et des fruits du tilleul. Est-ce une erreur du décorateur qui a malencontreusement inscrit un autre nom de décor ? Je vous invite tous à visiter vos collections et me faire part de tous les noms de décor que vous pourrez dénicher. Le mystère reste entier et pourtant, il s’agit peut-être bien d’une erreur soit de l’identification initiale de l’inventeur du décor où de la personne qui a peint en série ces dessins. J’en veux pour preuve les imprécisions à l’arrière de ce plateau (de ma collection) : Mex D. TLA.

  • La feuille et le fruit assimile ce motif à un platane. Donc, l’intitulé du décor devrait être D.PLA (comme déjà rencontré sur d’autres céramiques) et non D.TPA. Dans quasi tous les cas, les arbres représentés par A. Dubois sont identifiés par trois lettres : Che pour chêne, Mar pour marronnier,etc... Pour la vigne vierge, il s'agira seulement de deux lettres : VV.
  • Signature particulière (image 6) : arrêtons-nous quelques instants sur cette signature. Nous sommes tellement habitués de relever « C.M. Bergen » sur une grande majorité des « fonds » des faïences de la Céramique Montoise qu’il est bon parfois de signaler d’autres signatures. En voici un bel exemple.


  • 3.2.2 Les nouveaux décors et modèles.
    Sans vouloir être trop présomptueux, régulièrement sur le groupe Facebook, vous postez des décors ou des modèles encore méconnus. Avec beaucoup d’empressement, laissons nos émotions nous guider et regardez attentivement. Vous allez être surpris !
    Remarques instructives au sujet des modèles présentés ci-dessous.
  • Introuvable : qui l’eut cru ! D’une inspiration purement orientaliste (même si l’apogée de cette période remonte à la fin du XIXème siècle), les images 13et 14 nous dévoilent un savoir-faire venu d’Orient, digne des faïences d’art de l’école de Fez (au Maroc). Que vous le croyez ou non, elles sont bien réalisés à la main, par des artisans de la Céramique Montoise, en témoigne la signature au dos avec une date de fabrication (voir photo 7). Pour les initiés, ils auront très vite reconnu les deux initiales RD pour René Dubois. Il collaborait bien évidemment dans la manufacture de son père. Sans nul doute, les assiettes ornementales présentées, devaient être fabriquées en tirage limité, si pas unique (vu la densité des motifs représentés).

  • Originalité : émaillée d’une couverte unie sur et sous la faïence (voir image 22), elle englobe aussi la signature (voir photo 8). Une fantaisie non encore observée sauf sur un cygne blanc dont l’étiquette sous celui-ci est en émail brillant blanc (voir photo 9). Il arrive de temps à autre que ce fond uni brillant sert aussi de support à un autre décor animalier (Facebook : voir le post de B.Nenquin du 24 juin 2022- papillons sur la panse) ou floral (Facebook : voir mon post du 9 novembre – fleur sur le col).
  • Eurêka (image 27) : les étiquettes en céramique (Type : « Poterie Mons Belgique ») apposées sous les faïences ou étiquettes en papier (apposée sur l’objet) n’ont pas la même signification. Les étiquettes collées en papier définissaient une gamme de décors (Mex, Bergen, Nervia, ….) ou un décor particulier (Floralie, …). En bon ou mauvais états, lisibles ou non, elles cachent souvent de belles et grandes surprises. C’est ainsi que lors de ma visite, je pensais avoir découvert un nouveau modèle. Hélas, hélas (ou nouvelle opportunité), il s’agit tout simplement du nom d’une série de décors (voir photo 10). Pour la première fois, j’ai découvert celle de la « Faïence d’art » et de surcroit, elle est quasi intacte. Cette appellation est mentionnée sur une ancienne publicité que vous découvrirez lors d’un prochain article (merci pour votre patience).
  • Petite anecdote à ce sujet :
    Dans mon enfance, je me rappelle le petit garnement que j’étais. Lorsque je m’ennuyais, je furetais dans les remises, dans les greniers, dans les pièces de la maison de ma grand-mère à la recherche de l’inconnu. Il arrivait que mon esprit malicieux jette son dévolu sur ces fameuses étiquettes. Le tonneau Bequet (avec ces 6 godets), sur les gigantesques meubles de style « renaissance flamande », possédait ce magnifique emblème telle une armoirie sur un bouclier. Oui, je parle au passé car je ne sais pas par quel tour de magie, elle a disparu.
  • Universel : dans les décors des faïenciers du borinage des scènes bucoliques (image 31) ornaient les différents modèles. Que ce soit les Bequet, Fauconnier, Jemappes ou Saint- Ghislain, des petites maisons perdues dans la campagne envahissaient les surfaces de leurs céramiques. La famille Dubois n’échappait pas à cette mode. Ces petites demeures (voir photo 12) se trouvaient souvent dans un plastron, un encadrement entouré d’un fond plus ou moins uni reconnaissable par l’ondulation du pinceau sur le modèle (technique adoptée aussi par la faïencerie de Jemappes ou de Becquet). Que ce soit Antoine (voir sur le site dans la partie décor « Doré ») ou René (photo11), cette recherche se traduisait par des maisons, des moulins à vent, de petites maisons bordées par des ruisseaux et j’en passe.
  • Baroque : l’image 30 révèle une autre manière de travailler les oreilles des pichets et autres cruches de l’ensemble des collections Dubois. Le décor en relief du corps de cruche vous est très familier (voir sur le site décor « animal »). Plus surprenant est son bec quasi ressemblant à celui d’un oiseau et cette oreille (anse) chantournée délivrant un grip parfait pour une bonne prise en main. Les anses dans cette série dite « filets dorés » sont souvent très particulières (voir celle en forme de poisson à la photo 13).
  • Baptême : lorsque vous contemplez l’image 19, une petite voix vous murmure mais où se trouve les cigognes. Vous l’aurez compris, cette petite corbeille (en forme de berceau) servait à commémorer une naissance ou pourquoi pas, une communion. Elle était garnie sans nul doute de dragées. Un petit panier tout en fragilité. Le marquage en creux « CB 40 » identifie à coup sûr son utilité : corbeille.
  • Une corbeille rose pour une petite fille.
    La tradition l’exigeait.
    Tout était rose même le cachet.
    Je me demande comment il est arrivé intacte jusqu’à nos jours.

  • Peintre : encore un cendrier (image 29 – photo 15 voir ci-dessous), oui mais pas n’importe quel décor. Un bateau toute voile dehors orné d’une signature : O.Glace ou O.Glacé. De son prénom Oscar (si nos recherches sont bonnes) il était artiste peintre2 (1923-2016). S’il est vrai que le canal du Centre était navigable, de tels bateaux ne se sont pas amarrés près de la manufacture d’A.Dubois.
  • Ce n’est pas la première fois que nous rencontrons des bateaux comme thème de décoration.
    Voici une autre représentation d’un voilier au long cours que P.Lievin nous avait envoyé le 8 août 2022 (voir photo16).
  • Hésitation (image 24) : en fait, le modèle 747 ne s’applique pas uniquement à la cafetière mais aussi au service à café complet. Ce décor mat, marqué par des arrêtes noires canalisent merveilleusement bien ce petit bouquet de fleurs. Une belle découverte florale comme il aimait le faire. J’en veux pour exemple ces grappes de fleurs accompagnant le décor « mésange ». Le couvercle et le haut du corps de la cafetière en noir et blanc, décrive une sorte de toile d’araignée au-dessus des différentes facettes. Mon imagination fertile m’égare encore.

  • Le mot de la Fin

    C’est donc avec un petit pincement au cœur que je quitte cette endroit méconnu pour certains, connus par d’autres, avec en tête le sentiment que cette industrie est devenue souvenir et non actualité.
    Je pars avec en mémoire, les nombreuses découvertes, réalisées grâce à la gentillesse de mes hôtes et de leurs collaborations. Un vrai moment magique…bravo, bravo et encore bravo. Continuez à le faire vivre et ce le plus longtemps possible, continuez malgré les épreuves à maintenir en état ce magnifique refuge pour les céramiques de tout horizon.

    Visitez le musée au plus vite car il fait aussi partie de notre patrimoine et de notre culture.